19.06.2008

UB: les impressions de Robert, médecins des HUG

Suite et fin des impressions de Robert Larribau,

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Dans ce contexte, les soins intensifs paraissent fonctionner par je ne sais quel miracle et surtout du personnel extraordinairement intelligent, qui se donne du mal, même si tout n’est pas du tout parfait… Mais toute la dotation matérielle, lourde et consommable, et médicaments proviennent de donation par l’équipe autrichienne qui a aidé à rénover les soins intensifs durant six mois l’année dernière, et par la Suisse … Le soutien de l’étranger sur le terrain est probablement essentiel pour nos amis et donc pour les malades qui sont soignés ; mais que fait l’état Mongol ??

 

On pourrait penser que c’est une question de moyens, mais quand on voit le développement de UB, avec les investissements massifs, on se pose des questions : Nous voyons tous les jours sur les malades les conséquences de ce non-investissement : une patiente est décédée ce week-end d’une anoxie cérébrale suite à un accident d’anesthésie : il y a une enquête de police : mais comment incriminer l’anesthésiste alors qu’il travaillait à peu près sans monitoring et oxygène ?? Un autre est mort d’une rupture d’une artère cérébrale car la famille n’avait pas les moyens de payer le clip ; un autre, cette semaine, est mort de complications d’une appendicite non perforée…. La liste s’allonge tous les jours, c’est dramatique. La raison de ce non intérêt de l’état invoqué par nos amis mongols est que l’étranger (en particulier la Chine ) n’est pas loin et que lorsque les gens riches ou puissant sont malades, ils préfèrent se faire soigner à l’étranger. C’est vrai, mais ces puissants oublient qu’en cas d’évènement imprévu, le début devra se faire sur place. Et, ici, en cas d’arrêt cardiaque, même dans un hôpital, le taux de survie doit être proche de 0%.. Encore que parfois ; Vendredi, une jeune femme de 25 ans a fait présenté une arrêt cardiaque lors d'une séance de dialyse : Heureusement c’est à côté des soins intensifs: après 35 minutes de réanimation cardio-pulmonaire reprise d’une activité cardiaque, et quelques heures plus tard nous avons pu constater qu’elle n’avait aucune séquelle neurologique… Et cette réanimation a été menée par les médecins et infirmières des soins intensifs. Ils ont été très contents (pour la patiente et de leur prestation) et surpris du résultat !!

Tout n’est pas si noir quand même :

Le privé se développe beaucoup et cela permet à certaines personnes de se faire soigner : par exemple nous avons pu obtenir un scanner à la clinique en face en transportant dans la rue une patiente extrêmement instable, et ce scanner (avec la meilleure qualité des images fournies que celui actuellement dans l'hôpital)  a permis d’avoir le diagnostic. ^

Les médecins (qui n’ont à la base qu’un an et demi après leurs études), vont presque tous à l’étranger se former pendant de plus ou moins longues périodes ; L’examen clinique du malade, l’anamnèse et la discussion avec la famille, les diagnostics différentiels font leur apparition… les malades sont certainement mieux soignés ainsi… Quand des problèmes aigus surviennent, tout le monde essaye de trouver des solutions : les malades et leurs familles sont très au clair sur la qualité des soins et le disent.

 

 

18.06.2008

Ulan Bator: Le bilan de Robert (suite...)

Après nous avoir relaté son impression principalement en regards avec notre projet des soins intensifs, Robert nous raconte sa visite d'un autre  service de l'hôpital central numéro 1. Le bloc opératoire.

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Alors tout le matériel lourd : extracteurs d’oxygène, ventilateurs, moniteurs et tout le matériel consommable de perfusion est du matériel de donation étrangère. C’est la même chose pour les cathéters de péridurale, les médicaments, les couveuses, etc… Le seul ventilateur que j’ai vu d’origine était un ventilateur d’origine Russe, avec ventilation en volume contrôlé avec de l’air, de la taille d’une machine à laver…

J’ai visité en détail le bloc opératoire de l’hôpital numéro 1, et c’est totalement incroyable : il n’y a rien que des

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donations étrangères pour les appareillages, dont une bonne partie est hors d'usage. La plus part du monitorage ne fonctionne pas (il n’y avait que l’ECG, mais pas de saturation ou de mesure de la tension artérielle : c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons attribué une partie des moniteurs des soins intensifs du container des HUG au bloc opératoire). Il n’y a pas de blanchisserie pour le linge utilisé en salle d'opération et il y qu’un appareil de stérilisation en état de fonctionner : le personnel n’a pas voulu que je photographie la zone de stérilisation, je pense parce qu’ils se rendaient compte de l’état de la pièce en question. Tout est à refaire urgemment dans ce bloc : entre les fils dénudés dans les salles d’opération, les bonnets pour servir de filtres à air, les éponges pour se laver les mains réutilisées, le « fil à rôti » pour les sutures des chirurgiens, les drains qui sont les moyens du bord : sondes urinaires ou naso-gastriques….

 

Dire que dans ce bloc, il y a eu des greffes rénales (une vingtaine), et une tentative de greffe rein-foie avec une équipe étrangère !!.... (qui s'est malheureusement soldée par un décès)

 Les médecins ne peuvent vivre de leur salaire et en anesthésie, les familles des malades donnent toujours un montant qui permet probablement au médecin de doubler mensuellement son salaire et de survivre ; je ne parle pas des infirmières qui elles, ne gagnent que de quoi manger mais pas le reste : elles font donc toutes un autre travail pour vivre. C’est d’ailleurs une des raisons du sous effectif des médecins des soins intensifs : pas de possibilité d’augmenter son salaire, donc peu de médecins veulent y travailler. Dans ce milieu, ce qui est le plus étonnant, c’est qu’il a un « directeur qualité », une armée de directeurs et adjoints et directeurs médicaux, qui ont tous des bureaux nettement plus en phase avec leur fonction… Mais que font-ils ?? Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne restent pas longtemps à leur poste...

17.06.2008

Anesthésie et soins intensifs sans rien est-ce-possible ?

Dans les trois blogs suivants Robert Larribau brosse le tableau de ce qu'il a pu voir durant ces trois dernières semaines passées à Ulan Bator. Observé par un médecin qui se rend pour la première fois en Mongolie nous avons estimez qu'il est intéressant de publier ce rapport afin d'aider nos équipes à mieux comprendre la réalité dû système de santé en fonction dans ce pays lointain.

 

Anesthésie et soins intensifs sans rien est-ce-possible ?

 

Oui me direz-vous, car ces deux spécialités sont récentes et leur développement date d’après la guerre. Avant, comment faisait-on ??

 

D’abord il y avait l’alcool, assez bon anesthésique avec quelques vigoureux gaillards pour tenir le malade, puis il y eut le chloroforme, et enfin quelques gaz anesthésiques… avec premières anesthésies intraveineuses dans les années 50. (neuroleptanalgésie)…

 

Pour les antibiotiques, c’était la même chose : il y eu la pénicilline, puis les céphalosporines de différentes générations, les tétracyclines…

 

Quand les Russes ont quitté la Mongolie dans les années 90, on en était là ; la plus part des médecins russes sont partis ; les médecins Mongols ont du se former comme ils pouvaient. En plus dans un bon système soviétique, la médecine privée et le médecin de famille n’existaient pas. Tous les malades consultaient dans les hôpitaux. A UB, il y a 5 hôpitaux de « districts » dans lesquels, il y a une partie ambulatoire et une partie hospitalisation (avec Urgences et « soins intensifs »), et dans certains il y a des parties réservée à la Pédiatrie. Dans ces hôpitaux, il n’y a pas de chirurgie.

 

En plus de ces hôpitaux, il y a trois maternités indépendantes (entre 4000 et 8000 accouchements par maternité par ans), un grand hôpital « mère-enfant », avec une trentaine de lits de « soins intensifs », un hôpital spécialisé dans les cancers, un autre dans la traumatologie, un autre dans les maladies infectieuses, un hôpital militaire (avec une unité de soins intensif et un caisson hyperbare) et enfin les trois grands hôpitaux généraux, avec chacun leurs « soins intensifs ». Chaque hôpital a plusieurs centaines de lits ; ce qui fait pour la population d’UB (environ un million d’habitants) : 8 grands hôpitaux, trois maternités et cinq hôpitaux de districts… Des effectifs dignes de l’armée rouge !! En plus les hôpitaux généraux n’ont de fait pas tous la même orientation (même si sur le papier, ils font tout) : par exemple, l’artériographie et la neurochirurgie se font à l’hôpital numéro 3, alors que la chirurgie digestive se fait à l’hôpital numéro 1. En plus il existe un numéro d’appel : le 103 qui envoie des ambulances avec un médecin et un chauffeur dans les situations graves (il y a 10 ambulances médicalisées pour UB, mais sans oxygène ni monitorage : un ECG pour 10 ambulances).

 

Une telle organisation est très difficile à comprendre pour nous européens et surtout ne correspond plus à la logique actuelle de la médecine, avec l’accès rapide pour les patients les plus graves à un plateau technique diversifié et disponible 24h/24.

 

La situation est extrêmement difficile pour les médecins et infirmiers particulièrement dans les soins aigus qui demandent un minimum de moyens. En effet les médicaments livrés par l’hôpital sont ceux que nous utilisions en Europe dans les années 70-80 : Pas de Noradrénaline, pas de dobutamine, de l’adrénaline (pas partout), de la dopamine; pas de thrombolyse possible en Mongolie. Pas d’aspirine intra-veineuse non plus. Pour l’anesthésie : pas souvent des tubes endo trachéaux, de l’halotane en général, du protoxyde d’azote parfois ; de la kétamine (pas toujours) ; du thiopental en général, de la morphine. L’oxygène n’est pas disponible toujours ; pas souvent de l’oxygène en dehors d’UB ; ce week-end, en raison d’une panne à la fabrique d’oxygène d’UB, il s’en est fallu de peu qu’il n’y ait plus d’oxygène à l’hôpital numéro 1 (l’oxygène a du être rationné pour les malades). Pas de perfusions, ni tubulures; pas d’appareil de monitoring. L’hôpital offre trois seringues jetables avec aiguilles, c’est tout ; et encore, c’est mieux car en 1991, les aiguilles étaient stérilisées. Evidement pas de compresses, de linges, draps ou alimentation ; parfois, il n’y a même pas assez de lit : j’ai vu dans une unité de soins intensifs de district une patiente sur un lit pédiatrique, faute de lits. Il n’y a pas non plus par exemple, d’eau de Javel pour nettoyer.

A demain

 

 

 

16.06.2008

A Ulaan Bator, pas d’oxygène ce WE…

Avec ce blog, nous souhaitons vous donner des nouvelles télégraphiques sur divers points…Un flash spécial en quelque sorte.

°Vendredi  13, qui comme le lundi, le mercredi, le vendredi, est un bon jour pour prendre des décisions thérapeutiques, n’est pas un jour de superstition ici…
Il n’en demeure pas moins qu’en début de matinée, nous sommes tous informés qu’à UB, l’usine qui délivre les bouteilles d’oxygène aux hôpitaux, est en panne… la réparation devrait prendre effet lundi... nous souhaitons vivement qu’elle ait lieu plus tôt car il est certain que la « réserve » de l’hôpital suffirait tout juste à alimenter les soins intensifs et les blocs opératoires…samedi. Nous vous tiendrons informés…
°Il est commun que les infirmières ayant travaillé « d’après-midi » restent « un peu » après leur poste pour suivre des cours que nous dispensons, vaquer à certaines tâches utiles au service…Sachez qu’en Mongolie, les infirmières font 2 horaires de travail. Un de matin, et un d’après-midi, donc… Du travail en 12 heures pensez-vous ? Et bien non, pas du tout. L’horaire du matin s’étend de 8h30 à 16h30. Et l’horaire d’après-midi… de 16h30 à 08h30.Et les infirmières peuvent rester jusqu’à 11 heure, voire midi dans le service. Soit pour laver leur linge (une machine à laver à été achetée pour l’ensemble des infirmières; beaucoup d’entre elles vivent en yourte sans eau courante. Soit pour finaliser des commandes ou compléter la tenue de multiples cahiers pour le service. Soit pour suivre les « cours ». Ceux-ci, journaliers, permettent à partir des questions posées par les infirmières de l’après midi, d’éclaircir les prises en charge des patients dont elles ont eus à s’occuper ; de par ce fait, de l’anatomie, de la physiologie, de la pharmacologie sont abordées. Durant ce moment en petit comité (7 à 8 personnes), qui se veut certes instructifs mais aussi convivial, des scènes se répètent. Les infirmières prennent un en-cas ; d’autres se maquillent ; certaines vérifient l’avancée de charge de leur natel ; fréquemment, elles ont les cheveux mouillés suite à la douche qu’elles ont pu prendre au service. L’autre jour par contre, une situation jamais vécue… une infirmière, jeune maman, a, pour se soulager, tiré son lait dans une tasse… qu’elle a fait passer à ses collègues.

°Samedi 14… 1er congrès des médecins en soins intensifs, d’Ulaan Bator. Une trentaine de médecins se sont déplacés. Il y a à UB huit hôpitaux généraux et cinq hôpitaux de districts. Et c’était la première fois que les médecins des différents centres se réunissaient en un même endroit. La journée s’est déroulée en exposant des prises en charge de patients, avec un apport théorique sur les différents thèmes. Il y eu beaucoup d’émulation lors des questions… et il a été convenu de réitérer l’expérience en novembre, tout le monde ayant été satisfait de la journée. Tellement satisfait, qu’avec la facilité d’adaptation propre aux Mongols, une réunion entre les médecins anesthésistes a été fixée à lundi prochain… une grande première également !

°Hier dimanche, journée de repos pour nous. Nous avons été conviés à la campagne pour des fêtes en l’honneur du premier lait trait des juments, qui dans quelques mois donnera l’airag, une boisson fermentée très prisée des Mongols.

14.06.2008

De la musique de Tartarie suite

Hier Robert nous a raconté l'expérience musicale qu'il a eu l'occasion de vivre à UB . Il continue sur ce même thème.

201322913.JPGPuis viennent des  chants épiques, accompagnés de danseurs, chantant des légendes  ou la nature. Les musiciens sont d’un très haut niveau avec une dextérité sans faille, une justesse exemplaire et surtout une interprétation comme l’on voit peu en occident.

Un des passages le plus émouvant du concert est le moment des « long song » : il s’agit de chants pentatoniques, sans paroles, s’apparentant à une sorte de « grégorien » oriental, mais beaucoup plus enlevé. Chantés par un homme et une femme, accompagnés par des vielles à deux cordes (accordées en quinte), l’instant est magique ; Haggi, un de nos amis mongols me dit après que, pendant ces chants, il voyait la steppe au loin ; ce qui est extraordinaire est que j’avais la même impression. Ces mélopées  étaient chantés par les cavaliers pour se tenir compagnie durant leur long voyage dans la steppe. Ayant entendu cette musique, proche de notre musique médiévale savante tardive, ou de certains aspects de la musique persanne, on comprend probablement mieux certaines origines de notre musique savante européenne : la musique médiévale européenne, en tempérament pythagoricien, avec une grande influence des chants « grégoriens » ou autres « ambrosiens » est très proche de cette musique. C’est incroyable de découvrir cela.

Mais le « clou » du spectacle, ce sont les chants diphoniques, avec uniquement des hommes. Les chanteurs ont une technique incroyable, de chanteurs d’opéra, avec une fantastique maitrise de la respiration. Ils passent d’une voix de « poitrine » à la diphonie avec aisance, en augmentant la pression sous les cordes vocales et changeant de registre. D’ailleurs les « registres » vocaux (voix de poitrine, voix mixte, voix de tête) sont parfaitement maitrisés, ainsi que leur passages par les hommes et les  femmes ; parfois, dans les « long songs » ou certains chants courts, avec des changements de registre s’apparentant au yoodle.

Mais nous n’avions pas tout vu : le rideau se referme et se rouvre sur un spectacle hallucinant : un orchestre symphonique complet, tout de blanc  vêtu, avec les femmes à gauche jouant des instruments aigüs, les hommes à droite, et au fond, les flûtes en bois clairs et durs, les harpes, percussions, les cuivres… Et deux hommes, chanteurs solistes (opera et chant diphonique) Il s’agit de l’orchestre national Mongol  dirigé par le fameux ami  d’Haggi. Spectacle incroyable d’un orchestre de très haut niveau, constitué de musiciens ne jouant que des instruments « traditionnels », musiciens jouant probablement aussi  des instruments « européens » (la technique est proche). Et, pour probablement montrer le niveau réel, interprétant un mouvement du concerto de Brahms pour violon sur une vielle à deux cordes, accompagnée par l’orchestre. Mais la partie la plus belle est celle où les deux chanteurs  de chants diphoniques chantent avec l’orchestre, dont une partie des musiciens hommes chantent aussi en chant diphonique. Et en plus, il s’agit de musique savante contemporaine, qui est d’une très grande beauté.

Un orchestre avec  cette musique s’il vient en Europe est absolument à voir ; Nous sommes sortis de là en en ayant plein les oreilles et la vue. Le rêve induit par cette musique ne nous a pas quitté depuis, preuve s’il en est de l’incroyable beauté et valeur de cette musique. Etant tellement pris par la beauté du spectacle, j’en ai oublié de faire des photos.

13.06.2008

De la musique de Tartarie

Nous  savions que la musique en Mongolie était quelque chose de très spécifique et qu’elle était très développée  et ancrée chez chaque personne : il n’y a qu’à voir l’engouement des Mongols actuels pour le Karaoké. On trouve cela dans tous les guides touristiques. Mais l’évènement que je vous raconte va je l’espère vous faire rêver et souhaiter l’entendre:

 

Sachant que je suis musicien, Haggi, un des médecins du service me demanda si j’avais envie de voir un concert de musique traditionnelle Mongole, un de ses amis dirigeant un ensemble de musiciens. J’acceptais ravi ; ainsi, un soir, Ottro et Haggi nous invitèrent Françoise, Elodie et moi. Quelle ne fut pas notre surprise lorsqu’ils nous amenèrent au théâtre national où nous vîmes, non pas seulement un concert, mais un spectacle de danseurs, chanteurs et musiciens mongols.

 

Dans ce fabuleux théâtre, très bien conservé, de pur style soviétique des années soixante  (un intérieur « art deco » en retard de soixante ans), qui  de par ses proportions dégage une atmosphère chaleureuse  ( il est petit et haut pour un bâtiment soviétique), les danseurs  qui  ouvrent le spectacle dans de magnifiques habits de couleurs chatoyantes, tout le temps  en mouvement, animent la scène de façon féérique. Nous voilà transportés dans un autre monde, s’inspirant de la grande épopée Mongole (Chinggis Khaan) mais aussi  de la nature, de la vie, et surtout de l’amour, qui sont des thèmes centraux. Les chorégraphies sont magnifiques, et les danseurs exceptionnels : beaucoup de nos ballets peuvent se rhabiller si on les compare à celui-là. Après une ouverture toute en  grandeur, les musiciens viennent au milieu des danseurs, et les danses deviennent plus intimes, représentant des scènes de la vie quotidiennes, les chanteurs s’intègrent aux danseurs et musiciens afin de décrire la vie quotidienne.

 

Puis après une scène très impressionnante de contorsionnistes, accompagnées de musiciens, vient un « groupe folk » Mongol. Je m’attendais à voir un ensemble comme dans nos pays, de bons musiciens amateurs, faisant de gentilles chansons. Mais non, ici le « folk » veut dire de musique de Mongolie. Cet ensemble s’apparente beaucoup plus à  nos ensembles de musique de chambre professionnels. Deux harpes couchées, des « shanz » (luths à trois cordes), une cithare « yootchin », des « moriin Khuur » (violes de gambes à deux cordes) de différents types : ces musiciens interprètent une musique modale pentatonique (instruments accordés en quinte), de danse essentiellement. Les chanteurs viennent ensuite pour accompagner ces musiciens  et font des « chants courts », avec comme thème l’amour, un cheval, la maison (ger), une femme…. Des femmes et des hommes chantent. Une partie de la musique est improvisée, une autre partie est écrite par des compositeurs de l’époque moderne.

 

12.06.2008

Des changements notables, mais…

Il y a une semaine, nous vous décrivions combien nous avions été heureux de constater des nets changements au sein du service des soins intensifs….Nous nous trouvons cependant confrontés quotidiennement à des problèmes de fonctionnement, de dotations en matériel de base…sidérants.

 

Un exemple parmi tant d’autres. Imaginez... aux soins, en ce moment se trouvent cinq patients intubés, c’est à dire des personnes nécessitant une aide extérieure pour respirer. Cette aide est délivrée par un appareil appelé respirateur. Ce type de machine fonctionne grâce à de l’électricité, une alimentation en air et en oxygène. Et ici, il est courant de constater qu’une infirmière quitte précipitamment son poste, au pas de course, alors que de manière concomitante, le moniteur de surveillance de son patient lui indique que celui-ci va moins bien sur le plan respiratoire…figurez vous qu’en « prenant la fuite », cette infirmière peut être à même de sauver la vie de plusieurs patients. Que se passe-t-il ?? A UB, les prises d’oxygène murale  sont alimentées par des bouteilles d’oxygène dont l’autonomie est variable, selon la consommation nécessaire pour faire tourner les machines et oxygéner les patients, mais ne dépasse pas les 4 heures… Ces bouteilles sont dans un local, à l’extérieur du service et un circuit de tuyau amène l’oxygène dans le service. Grande nouveauté depuis le mois de novembre, un technicien se déplace toutes les deux heures, pour changer la dite bouteille et ainsi éviter les pannes d’alimentation et la mise en danger des patients… A croire qu’il se perd souvent en chemin. Il y a quelques jours,  des patients ayant de forts besoins en oxygène, ont subit cette coupure. Le technicien mettant trop de temps à arriver et les conséquences pour les patients pourraient être désastreuses… aussi c’est une infirmière, la première qui voit diminuer  un paramètre d’oxygénation, qui court et fait le changement. Cela donne un petit coup de chaud…et quand un quart heure après, il y a une panne de courant, il fait encore plus chaud…oui, il y a un groupe électrogène à l’hôpital…mais le courant qu’il délivre n’est pas acheminé sur les mêmes prises… aussi, le ventilateur qui manquait au préalable d’oxygène pour fonctionner, manque alors de courant…il faut changer sa prise d’alimentation de place…et la remettre ou elle se trouvait avant, quand le courant général est rétabli.  Cette même journée, deux autres coupures de courants firent suite à la première… seulement là…le groupe électrogène n’a pas pris le relai. Heureusement les réflexes furent prompts et adaptés…tout le personnel disponible se mit à ventiler manuellement les patients à l’aide d’insufflateurs.  En attendant les retours, heureusement rapides, de restauration d’électricité. Pas un patient n’a souffert de ces incidents. Fort heureusement…

 

10.06.2008

La vie devient difficile pour les mongols

Nous avons vu hier que le niveau de vie s'abaisse et que les fin de mois sont difficile pour nombre de Mongols.

Un exemple concret… une infirmière touche cent vingt dollars par mois… si elle devait manger  seulement cinq repas par semaine à la cantine de l’hôpital, la moitié de son salaire serait dépensé. En comparaison, aux HUG, il s’agit de moins d’un dixième du salaire…

Nos collègues ont modifié leurs habitudes de vie, pour la majorité… que signifie cela ??

Elles ont modifié leur alimentation… ne vous méprenez pas, cela ne signifie pas diversification, mais restriction encore plus majorée. Beaucoup de Mongols ne prennent qu’un repas par jour et ont donc diminué leur ingestion quotidienne. Avec cent vingt dollars, une infirmière a juste peine de quoi manger, ne s’achète plus de vêtements et contre toute attente redécouvre un moyen de transport… la marche à pieds. A UB il est effectivement extrêmement aisé de se déplacer… vous vous mettez au bord de la route, levez la main, et un particulier s’arrête pour vous amenez ou vous souhaitez, moyennant rétribution… seulement depuis novembre le prix du kilomètre est passé de 500 à 800 Togrols.

Le transport en bus est resté relativement  « bon marché », aussi il n’est pas rare de voir ce qui pourrait s’apparenter à des boîtes à sardines, passer sur les axes routiers.

Il faut en plus se souvenir que nous vous avons parlé de situation familliale d'infirmières qui font quatre années d’études. Mais à UB, nombres de personnes sont illettrées et sans emploi…

Il nous semble juste important d’essayer de vous faire prendre conscience de ce que peuvent vivre les Mongols. Qui restent et sont d’une générosité et d’une disponibilité sans limite, pour la plupart des acharnés de travail, ne comptant pas les heures, alors qu’ils n’ont pour cela aucun remerciement ou rétribution. Ils vivent intensément chaque instant avec le sourire. Ils ne se plaignent jamais. Les informations que nous vous rapportons sont le fruit de discussions multiples et d’accès à l’information détournés…

Leur WE est, quand cela est possible, consacré au repos et à la famille. Le repos veut dire ne pas être sur son lieu de travail… Il n’en reste pas moins qu’une activité assimilable peut se produire à domicile.

Les Mongols qui en ont l’opportunité, partent à la campagne, ou ils peuvent retrouver leurs racines nomades, un environnement pur et revigorant. D’autres se rendent dans des temples, pour prier.

Pour notre part, nous avons été invités à un repas traditionnel Mongol, à la campagne, en l’honneur de Françoise. Nous partagerons ce moment avec vous dans de prochaines aventures…

En attendant nous vous souhaitons un beau mardi, une bonne reprise pour Françoise qui a retrouvé sa Suisse natale hier!

09.06.2008

Le week end en Mongolie.

Ici, à UB, nous avons la chance et le privilège depuis notre arrivée, d’être conviés par nos collègues Mongols à découvrir et à partager leurs occupations, durant ce dit WE.

 

Il nous semble cependant nécessaire de rappeler qu’ici le WE, tout le monde n’y accède pas…tout comme les vacances d’ailleurs. Une infirmière en début de carrière, a trois semaines de vacances à l’année. Avec de l’ancienneté, au fil du temps, elle voit croître ce « capital ». Notre collègue et amie Tsetsegee, après 15 ans de carrière, a droit à quatre semaines de vacances par an…

 

La mère d’une autre collègue, elle, travaille sept jours sur sept, de neuf heure à vingt et une heure le soir dans une boucherie… elle n’a pas de congés hebdomadaires et se voit attribuer quinze jours/années de congé, qu’elle met à profit pour rendre visite à son fils qui habite à deux jours de voiture de UB. Du fait du coût, le billet d’avion ne lui est pas accessible. Cette femme, après être rentrée de son travail, exerce comme beaucoup de Mongols une autre activité parallèle pour subsister. Elle fait des travaux de coutures.

 

Subsister, vivre… La Mongolie , avec une croissance annuelle de 7,5%, ne voit cependant pas la qualité de vie de tout un chacun s’embellir. Entre novembre et mars, l’inflation a augmenté de trente pourcent. Le coût de la vie qui s’est majoré, n’a pas été suivi de reconsidération salariale adéquate… Certes il serait bon de penser et de se rassurer en se disant que dans nos pays, ce n’est pas le cas non plus… Ici, seulement, le salaire de base de la majorité ne suffisait pas au préalable pour vivre…Maintenant les situations de vie sont rendues nettement plus « difficiles »…

 

06.06.2008

Voilà deux semaines que nos collègues des HUG sont en Mongolie,

Il est intéressant de recevoir des informations de nos collègues qui sont soit pour la première fois à UB soit pour la seconde. L’équipe des soins intensifs des HUG de Genève est en effet arrivée depuis près de deux semaines maintenant et la perception des progrès accompli est difficile à quantifier depuis Genève. Au fil des « blogs » que Robert  Larribau et Eloidie Jehl nous ont envoyés nous comprenons d’une part la fascination mais également l’enthousiasme que nos collègues ressentent au cours de cette expérience unique qu’il nous est donnée de faire. En effet, observer le travail des infirmières et médecins mongols nous rend plus humbles quand nous sommes de retour à la réalité genevoise. Rien n’est comparable. Par exemple hier Robert m’a envoyé un email alarmé. Il se trouve face à de nombreuses infections dues à des bactéries résistantes aux antibiotiques dont dispose la pharmacie de l’hôpital. Le plus désarçonnant pour lui est que ceci nous semble évident car nous connaissons la politique antibiotique pratiquée dans ce pays et pourtant cela semble inimaginable aux responsable locaux. Robert a abordé ce sujet avec la médecin responsable de la « qualité » de l’hôpital (oui il y a un secteur qualité!). Cette dernière est tombée des nues. Et la réponse est systématiquement la même « ces bactéries résistantes ne se trouvent qu’aux soins intensifs… » Les chirurgiens locaux ne manquant pas de rajouter que c’est parce que les patients sont transférés aux SI qu’ils acquièrent des infections résistantes…  Pour aller de l’avant et démontrer l’inexactitude d’une telle assertion il faut prouver que les patients arrivent dans le service des soins intensifs « colonisés » par les dites bactérie. C’est ce que Robert désire faire. Pour y parvenir il lui faudra cependant arriver à persuader l’administration de l’hôpital du bien fondé de la démarche afin d’en justifier les coûts. Cela n’est pas acquis d’avance. C’est pour cette raison que nous tentons d’amener plusieurs médecins exerçant dans les spécialités « clés » de l’hôpital #1 d’UB. En effet en « ouvrant » les yeux de nos collègues nous espérons qu’ils s’engageront dans de telles démonstrations. Cela nous conforte une fois de plus dans l’idée que rien ne sert d’envoyer du matériel sophistiqué si les gestes et les connaissances de bases ne sont pas acquis.

Eloide semble être satisfaite des ce qu’elle observe. En effet, lors de notre « mission » de novembre elle avait laissé des consignes à ses collègues infirmières. Et il semble que cela se passe assez bien.

Françoise Cinter, déléguée de la HES santé de Genève, évolue avec des objectifs différents mais au combien importants. Réformer la formation infirmière mongole n’est évidemment pas une chose simple. Nous admirons le doigté qu’elle a et qui lui permet d’aller de l’avant alors que les autorités de tutelles se renvoient la balle afin de savoir qui doit être responsable du projet. Ce dernier volet est d’autant plus complexe que les élections se tiendront d’ici la fin de ce mois rendant très incertain beaucoup de chose. Nous souhaitons que le bon sens paysan qui caractérise la philosophie du projet subsiste après les élections indépendamment des résultats. Pour le bien du projet nous souhaitons bien sûr que nos amis membres des divers groupes politiques soient réélus….