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    Dans la catégorie : Analyses

    Mongolie : l’Empire contre-attaque

    Auteur : Denis Aubin
    17 octobre 2007 | 2 commentaire(s) | Partager sur Facebook

    Alors qu’en 1227, l’Empire mongol englobait Moscou et Pékin, la République de Mongolie est aujourd’hui coincée entre les géants russe et chinois. Son défi : finir de s’émanciper de l’emprise de l’ours russe et éviter de tomber sous les griffes du dragon chinois.

    Quinze ans après le largage par l’ex-URSS, la Mongolie se tourne résolument vers l’Occident. Elle compte sur la collaboration internationale pour combattre la pauvreté chronique causée par la rudesse du climat et par une terre ingrate. Encouragée par ses récents succès économiques, cette jeune démocratie de 2,8 millions d’habitants croit que sa prospérité pourrait émerger des richesses minérales de son sous-sol grâce aux investissements étrangers.

    La Mongolie de 2007 pratique une politique étrangère indépendante et non-alignée et prend part à la vie diplomatique et économique mondiale. D’ailleurs, pour marquer son rapprochement avec l’Occident, elle participe aux grandes organisations internationales et coopère avec l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à titre de pays contact depuis 2003. Selon les services diplomatiques américains et français, ce pays à la démocratie en voie d’enracinement vise à retrouver son identité et sa fierté traditionnelles, à revivifier son économie et à s’intégrer au monde moderne.

    Anglais et économie de marché

    « Notre gouvernement veut diversifier ses relations internationales et intensifier ses échanges commerciaux avec les États-Unis, le Canada et la Grande-Bretagne », mentionne le Dugerjav Gotov, ambassadeur de la Mongolie au Canada. Voilà pourquoi la Mongolie a fait de l’anglais sa langue seconde en 2004, alors que le séculaire khalkha est la langue officielle du pays, parlée par 90 % des habitants. La langue anglaise est utilisée dans l’enseignement universitaire et dans tous les paliers administratifs et commerciaux. Dans son étude sur la situation linguistique de la Mongolie, Jacques Leclerc, membre associé au Trésor de la langue française au Québec de l’Université Laval, souligne d’ailleurs « la faveur croissante de l’anglais, en particulier chez les jeunes ». Les moins de 30 ans forment les deux tiers de la population mongole.

    À la suite de l’effondrement du communisme en 1990, la Mongolie a délaissé l’économie planifiée pour passer à un système d’économie de marché. Le sociologue français Kristian Feigelson, de l’Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, décrit ce processus comme « une transition dans la continuité. La Mongolie paie fortement le coût social de cette transformation. » L’apport soviétique, maintenant inexistant, représentait le tiers du produit intérieur brut (PIB) du pays. M. Feilgelson note aussi que les pays occidentaux ont pris la relève puisque la Mongolie est le premier pays récipiendaire par habitant de l’aide internationale. Signe encourageant, la croissance a atteint 8 % en 2006, soit une cinquième année consécutive de prospérité. Le 31 août 2007, la Banque asiatique de développement révélait que la Mongolie compte parmi les rares États asiatiques capables de réduire l’écart économique relatif entre les riches et les pauvres.

    Le Canada au premier plan

    Le Canada est l’un des pays tiers ciblés par la Mongolie. Malgré une relation toute jeune, il occupe déjà le deuxième rang, derrière la Chine, pour les investissements et les importations. « Nos relations avec le Canada ne cessent de s’améliorer depuis que nous avons ouvert notre ambassade en 2001. Nous coopérons avec l’Université Queens en Ontario pour la formation de nos ingénieurs. Les entreprises canadiennes investissent de plus en plus chez nous », ajoute le M. Gotov.

    L’une de ces entreprises est la société Ivanoe Mines, située à Vancouver. Ivanoe investira 7,3 milliards de dollars dans la mise en valeur d’une mine de cuivre et d’or à Oyu Tolgoi, dans le sud de la région du Gobi. Un tel investissement, égal à trois fois le PIB, fait de ce projet le plus important en cours en Mongolie. La construction des installations occupera 6 000 personnes et leur exploitation créera 2 000 emplois pendant 45 ans.

    Vaincre la pauvreté

    La Mongolie a besoin de retombées économiques de plusieurs projets comme ceux d’Ivanoe pour contrer la misère et le désarroi dans lesquels vit 50 % de la population. Éparpillés sur une terre aride, les 2 millions de Mongols ruraux semi-nomades survivent surtout de l’élevage de chèvres et de moutons. Le revenu annuel par habitant est inférieur à 1 000 $ selon les chiffres de la Banque mondiale. Pour le nombre grandissant de touristes occidentaux, les images de yourtes colorées plantées dans les hauts plateaux balayés par le vent forment un souvenir impérissable. La réalité est plus cruelle pour les Mongols. Le dossier sur la Mongolie de l’organisation humanitaire Action contre la faim rapporte que les conditions climatiques extrêmes ont décimé 4 millions de têtes de bétail au début des années 2000. On y apprend que des milliers de paysans ont perdu leur seul moyen de subsistance et ont dû délaisser leur pauvre terre pour grossir les rangs des désœuvrés entassés en périphérie de la capitale Oulan-Bator. « Après des années très difficiles, notre situation s’améliore enfin. Nous avons fait de réels progrès sur les plans politiques et économiques », conclut le M. Gotov.

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    La Mongolie se tourne maintenant vers l’Occident

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    Mots-clés : Analyses , Quartier Libre et Mongolie
  • 2 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • Aleks

    Bonjour,

    Félicitations pour votre article très intéressant sur ce pays dont on parle très peu habituellement.

    Vous écrivez : "La Mongolie de 2007 pratique une politique étrangère indépendante et non-alignée "

    moui, permettez-moi d’en douter, quand un pays asiatique prend comme langue officielle une langue qui n’a rien de local ni d’asiatique, mais qui est celle de la première puissance mondiale, tu parles d’une indépendance non-alignée ...

    Ou alors "indépendant et non-aligné" signifie-t-il "pro-occidental" ?

    Je trouve cela triste, que la Mongolie quitte la zone d’influence soviétique ou russe pour plonger d’elle-même dans une autre ! :(

    18 octobre 2007 | répondre | permalien
    • Karel

    Pour aller dans le même sens que le commentaire précédant, la politique soit disant "non-alignée" de la Mongolie l’a quand même poussé à envoyer des soldats en Irak... Comme indépendance de sa politique extérieure, y a quand même plus convaincant. Quelle indépendance est possible pour un pays dont l’économie, vous le rappelez, dépend grandement du FMI et de la banque mondiale ? De plus, je veux bien croire que ça fasse chaud aux coeurs des canadiens de penser qu’une entreprise comme Ivanoe Mines combatte la pauvreté en Mongolie, mais c’est très naïf et très éloigné des réalités économiques. Ivanoe Mines n’est pas une entreprise humanitaire et elle est en train de piller de façon honteuse des ressources minières mongoles. Si la Mongolie (et en priorité la bureaucratie corrompue) en tire de ce pilage un financement non négligeable ce ne sont que les miettes des bénéfices que tire Ivanoe Mines. Mais puisque les mongols sont pauvres ils devraient s’en contenter n’est-ce pas ? Que dirait un canadien si les entreprises américaine venaient piller vos forêts en ne vous reversant qu’un infirme pourcentage des recettes ?

    19 octobre 2007 | répondre | permalien
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