Oulan bator s’enfonce en sa nuit polaire, la tête chamboulée des tracas d’un quotidien impossible. Au petit jour, en cette fin novembre, il est fortement déconseillé de sortir avant 10 heures, la pollution rend l’air irrespirable et la visibilité n’est que de quelques mètres. Plus tard,vers 11heures le Mongol ose la rue glissante, la vie lente commence , la quête pour quelques patates et mauvais légumes va rendre le pauvre retraité citadin triste de désespérance. Il y a quelques mois encore le pain ne coûtait que 380 tugriks pour un kilo (un euro=1700 tugrik), ce matin il vaut 570 au marché du coin. La viande il y a quelque temps déjà si bon marché, la viande de mouton, la base de l’alimentation se payait 2400 tugriks le mois dernier mais en ce matin pourri de si peu de vie il faut payer plus de 3500 tugriks pour un kilo à peine désossé. Notre retraité ne gagne que 80000 tugriks par mois et comme il vit en banlieue, en ces yourtes mal cabossées, chaudes mais fonctionnant au charbon, le chauffage est pour lui rationné, le prix de la tonne de ce précieux carburant vient lui aussi de s’envoler. Le charbon est trafiqué,dangereux, c’est lui qui embrume la cité. Le prix de la vodka vient de baisser, les élections ne sont pas loin.

Oulan Bator s’enfonce. Les jeunes qui le peuvent quittent le pays pour la Chine proche. Les belles aguichent l’étranger pour un hypothétique départ vers l’occident prometteur.

La république est communiste et bananière, un comble sous ces latitudes. Le président communiste valse avec sa clique de nouveaux riches et bradent les concessions de cuivre, de pétrole, d’uranium aux plus offrants pour un présent sans avenir. La corruption s’étend à tous les secteurs. La corruption qui il y a quelques années encore épargnait ce pays est rampante jusqu’en chaque appartement de la ville où chaque kilowatt se négocie autour d’une bouteille de vodka.

Dans les bas quartiers la violence fait rage parmi tous les enfants de paysans des chevaliers de la steppe qui ont quitté la steppe pour un eldorado inexistant, bradant chèvres et moutons. La politesse s’estompe. Et croule cet Oulan Bator qui me fut si cher et pendant tant d’années.

Il y avait un avenir pour ce beau pays. Reste la steppe, encore paisible…pour combien de temps ?